
Le tympanon : issu de l’antiquité. On retrouve des représentations de cet instrument dans l’iconographie des périodes babyloniennes et néo-assyriennes, datant environ de 1600 à 600 av J.C. Très proche du psaltérion par sa forme et son origine, le tympanon est néanmoins différent : avec le psaltérion, on utilise des plectres pour pincer les cordes, sur le tympanon, celles-ci sont frappées à l’aide de maillets. En fait, le tympanon est une adaptation du psaltérion, d’ailleurs, on l’appellle aussi “psaltérion à marteaux”. D’autre part, le mot (comme l’instrument) “psaltérion”, d’origine grecque, aurait une éthymologie commune avec le mot “santour” qui n’est autre que le nom persan du tympanon, dont l’origine certaine est l’Iran.
Du fait que cet instrument soit très ancien et qu’il ait voyagé depuis l’antiquité (ou après ?) dans plusieurs continents, de nombreux noms lui ont été attribués : d’abord en Perse où on l’appelle santur. Par la suite, il est introduit en Chine, sous la dynastie de Ming (1368-1644), il prend alors le nom de yang-qin (ou yang-chin ?). Parallèlement, au moyen-âge, entre le XIe et le XVe siècle, les instruments à cordes se développent, dont le tympanon qui ne serait apparu sous ce nom qu’au XVe siècle en Europe centrale. En France, on l’appelle le cymbalum, d’où l’ idée par la suite du nom “clavicymbalum” pour les clavecins. Les Allemands le nomment hackbrett et pour les anglo-saxons c’est le hammer-dulcimer. Le hammer dulcimer est appelé souvent à tort “dulcimer”.
Le dulcimer est un instrument à cordes d’origine celtique, qui utilise des “bourdons” réalisant des accords d’accompagnement continus. C’est le même principe que la cornemuse, mais avec des cordes à la place du vent (il ne faut pas confondre le dulcimer et la vielle à roue dont les cordes sont frottées et non pincées). Une des formes les plus évoluées du dulcimer, est la cithare autrichienne qui utilise plusieurs bourdons permettant de jouer trois accords simultanément (une fois encore, ne pas confondre la cithare autrichienne, qui ressemble à une petite harpe horizontale, jouée dans la célèbre musique du film “Le troisième homme” et, le sitar indien, instrument de prédilection de Ravi Shankar (1920). En Occident, le sitar indien fut popularisée au XXe siècle par le biais de la musique pop dans les années 60, avec les Beatles dans “Within You Without You”). Une des caractéristiques du dulcimer est que toutes les notes se jouent depuis la table d’harmonie et non depuis un manche comme c’est le cas, par exemple, avec le sitar indien, le luth, ou plus récemment la guitare. Vers la fin du XVIIe siècle le dulcimer fut délaissé au profit de la cithare autrichienne qui bénéficia progressivement de perfectionnements. Toutefois le dulcimer dont on alla jusqu’à oublier le nom, resta d’actualité en Bretagne, haut lieu de la musique celtique. Au XXe siècle les années 70 ont connu un regain d’intérêt pour la musique celtique au travers de la musique rock, essentiellement en France (Bretagne), en Angleterre et en Irlande.
Le nom de hammer-dulcimer que donnèrent les Anglais au cymbalum (tympanon), fut déformé en “dulcimer” car les marteaux (hammer) initialement utilisés, furent remplacés par des onglets placés sur les doigts (notamment par les Irlandais). Aussi supprimèrent-ils “hammer” et il resta “dulcimer”. Il en résulte une confusion entre le nom dulcimer (d’origine celtique) et le nom hammer-dulcimer ( ou tympanon ou cymbalum) désignant l’instrument illustré ci-dessous dont l’origine remonte à la Perse antique.

Thomas Tomkins (1572-1656). “Toy - Made At Poole Court” interprété au virginal par
Bernhard Klapprott.
Complete Keyboard Music Vol. 2 chez Musikproduktion Dabringhaus und Grimm (MDG)
Ref. MDG 607 0704-2

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Ce musée virtuel du piano s'étend sur 2 pages. La première page est préfacée par
une "histoire du piano", essentielle si l'on souhaite avoir quelques repères, puis
la visite commence en se déroulant dans le sens *chronologique. La page suivante
comprend les pianos carrés, les pianos romantiques et enfin les pianos "modernes"
apparus dans la deuxième moitié du XIXe siècle jusqu'aux années 30, date ou le piano a
cessé globalement d'évoluer (exceptée l'utilisation de nouvelles matières répondant
aux nécessités économiques de la production industrielle).
Afin de rendre ce musée
virtuel plus vivant, certains instruments sont illustrés par un échantillon sonore
à cliquer.
Enfin, la réalisation de ce musée virtuel n'a été possible que grâce à l’existence
d’autres sites web dont les auteurs m’ont accordé l'autorisation d'utiliser des photos
d’instruments. Je remercie également, pour leurs précieux renseignements, Madame
Magne pianos Magne à Paris, Monsieur Michel Reverse, auteur de Voyage au coeur du
piano, un petit guide très complet sur le piano (pianos Michel Reverse, 3 rue Gouffrand,
33000 Bordeaux - Tél. 05.57.87.22.44 Fax. 05.57.87.15.25) et Monsieur Udo Schmidt-Steingräber
qui m'a fait parvenir de belles photos de son merveilleux piano de concert Steingräber
E-272, Steingraeber & Söhne à Bayreuth.
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Ce musée virtuel n’a pas pour vocation de servir de banque d’images dont la taille
est limitée en pixels afin de faciliter la rapidité d’accès. Après avoir travaillé
2 ans et demi sur la réalisation de mon CD *Chopin Récital avec un piano virtuel
et réel, j’ai éprouvé le besoin de connaître l’origine et l’évolution de cet instrument
fantastique en créant une sorte d’arbre généalogique du piano dont ce musée virtuel
en est l’illustration. Il m’a semblé indispensable d’illustrer par des échantillons
sonores (mp3) certains instruments. En particulier ceux qui représentent un stade
dans l’évolution du piano. Cela n’a été faisable que dans la limite de mes moyens
(documentation, disques, réalisation des mp3, écrire aux éditeurs pour demander l’autorisation
de mise en ligne des extraits sonores, etc.). Enfin, ce musée n’est pas pensé comme
un amoncellement tape à l’œil de claviers désuets, mais comme un nouvel horizon musical
permettant de redécouvrir quelques compositeurs au travers des instruments de leur
époque et révélant ainsi un autre aspect de leur génie.
* Pour plus d’explication sur mon CD Chopin Récital , cliquez ici mon disque par
Alain Duault sur RTL
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* Du fait que les instruments sont présentés ici par types plutôt que classés de
manière systématique par dates, certains anachronismes sont inévitables, sachant
que le pianoforte, le piano carré puis le piano ont longtemps évolué conjointement
avant que ne soient établies les bases définitives du piano "moderne".
HISTOIRE DU PIANO
Christophe Jodon le 12 janvier 2004 - mise à jour pour 2010 à l’occasion
de l’année CHOPIN !
LE PIANOFORTE
1709 - premier pianoforte, le Gravicembalo de Bartolomeo di Francesco Cristofori
Contrairement
aux autres instruments dont on retrouve l'origine dans les récits antiques ou dans
la Bible, l'histoire du piano débute assez tardivement, c'est à dire au début du
XVIII e siècle, en 1709, avec le "gravicembalo a forte e a piano" (ce qui signifie
"clavecin faisant le fort et le doux"), fabriqué par le facteur Italien Bartolomeo
Cristofori (1655-1731). Parallèlement, le Français Jean Marius (dates de naissance
et de mort inconnues) avait présenté à l'Académie Royale des Sciences un "clavecin à
maillets". Ce nom portant à confusion ne prouve pas pour autant que le piano descende
du clavecin. Le principe de fonctionnement est fondamentalement différent. Alors
que sur un clavecin les cordes sont pincées et, quelle que soit la force avec laquelle
les touches du clavier sont enfoncées les sons produits restent les mêmes, sur les
pianos de Cristofori et de Jean Marius, la corde était frappée, ce qui permettait
une plus grande liberté d'expression et préfigurait ainsi les pianos actuels. Par
ailleurs Cristofori, conservateur des clavecins et épinettes du prince florentin
Ferdinand de Médicis depuis 1690, s'intéressait au perfectionnement du clavicorde
plus proche du piano que le clavecin. Sur le clavicorde (ou manicorde), la corde
est frappée par une lame métallique, donc proche du piano dans l'idée. Le principal
handicap du clavicorde réside dans l'archaïsme et la lenteur de sa mécanique du fait
que la lame percutant la corde ne pouvant pas se dégager assez vite, la répétition
rapide est impossible, de plus, le son produit est fatalement métallique. Pour améliorer
ce dispositif, Cristofori imagina un marteau articulé qui, s'activant depuis le clavier,
venait frapper la corde plus ou moins rapidement pour aussitôt s'en échapper, tandis
qu'un étouffoir, en cuir ou en feutre, venait immédiatement faire cesser la vibration
de cette corde une fois la touche du clavier relâchée. Cette remarquable invention
ne connut guère de succès, hormis le comte Scipione Maffei, de Vérone (1675-1755),
personnage visionnaire et auteur d'une tragédie (Merope, qui fut imitée par Voltaire),
qui avait compris l'importance du travail de Cristofori et probablement bien au-delà,
pressentit le bouleversement en profondeur de toute la société à venir. En 1711 il
déclara dans le Giornal Dei Letterati que "cette invention hardie, aussi ingénieuse
de conception que d'exécution, a vu le jour à Florence, par les soins de Monsieur
Bartolomeo Cristofoti..." Malgré ces louanges, le peu d'enthousiasme que suscita
cette géniale invention contraignit Cristofori à cesser sa production et à revenir
au clavecin. Toujours à la même époque, l'Allemand Gottlieb Schröter (1699-1782)
construisit également un mécanisme à marteaux qu'il présenta à la cour de Saxe, à
Dresde, en 1721.
1726 - Premier pianoforte allemand (inspiré du modèle de Cristofori),
par Gotfried SILBERMANN
Un autre Allemand, Johann Mattheson (compositeur et théoricien,
1681-1764), publia dans sa revue de critique musicale l'article du comte Maffei décrivant
l'invention de Cristofori. Lorsque le facteur Gottfried Silbermann (1683-1753) en
prit connaissance, celui-ci, très enthousiasmé, décida de fabriquer une vingtaine
d'instruments du même type que ceux de Cristofori . Mais lorsqu'il les présenta à
Jean Sébastien Bach, ce dernier fit la grimace. Par ailleurs, Bach ne composa jamais
pour cet instrument. La légende (ou la réalité) veut que Silbermann, vexé par les
critiques du maître de l'Art de la Fugue, s'improvisa bûcheron et détruisit à coup
de hache ses instruments. Néanmoins perséverant il améliora la mécanique, la rendant
plus souple et plus rapide, lorsque finalement, il réussit à vendre l'une de ses
créations à la cour princière de Rudolstadt. En 1740, c'est au roi Frédéric II le
Grand de Prusse à qui il vendit un pianoforte. Puis ce fut au tour de Carl-Philippe-Emmanuel
Bach, le fils de Jean Sébastien, de s'enthousiasmer pour les instruments de Silbermann.
Dès lors, les choses s'enchaînèrent plus rapidement. Ce n'était pas un hasard si
le développement de cette mécanique de plus en plus sophistiquée, allait dorénavant
connaître un essort fulgurant. Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, l'Encyclopédie
de Diderot et d'Alembert, dont le but était de faire connaître les progrès de la
science dans tous les domaines, s'était imposée malgré les réticences du clergé et
de la noblesse de cour. Dans cet ouvrage désormais universel, on pouvait découvrir
les planches illustrées du Traité de Mécanique de Louis de Lagrange dont Voltaire
faisait l'éloge. Durant cette période de l'Histoire, résolument tournée vers l'avenir,
le Siècle des Lumières , nombre de facteurs audacieux apportèrent, en concertation
avec les musiciens du moment, d'innombrables perfectionements.
1773 - Première mécanique
dotée d'un système d'échappement, par Johann Andéas STEIN
C'est dans ce contexte,
très favorable à la créativité, que Johannes Andréas Stein (1728-1792) améliora en
1773 la mécanique de Silbermann en imaginant un système d'échappement qui permettrait
désormais de garder les touches du clavier enfoncées, sans pour autant que les marteaux
ne restent en contact avec les cordes. En 1777, Mozart (1756-1791) dans sa vingt
et unième année, enchanté après avoir visité l'atelier de Stein à Augsbourg, écrivit à
son père Léopold pour lui faire part de son enthousiasme et de la facilité d'exécution
qu'offraient ces nouveaux instruments.
LE PIANO CARRÉ
et le pianoforte
1760 - Premier piano carré anglais, par Johannes ZUMPE
L'histoire du piano carré se
superpose avec celle du pianoforte, quoique ce dernier soit apparu plus tôt. En fait,
le premier piano carré fut créé dès 1742 par le facteur Allemand Johann Socher. Le
pianoforte, qui avait repris la forme du clavecin (et c'est seulement dans ce cas
que l'on peut attribuer une descendance du piano par rapport au clavecin, c'est à
dire en comparant le meuble), était relativement encombrant et onéreux. Aussi, vers
1760 à Londres, Johannes Zumpe construisit-il des pianos dont les cordes étaient
disposées de manière oblique, ce qui permettait de diminuer considérablement la taille
de l'instrument. Par ailleurs, après avoir simplifié d'autres éléments (au détriment
de la qualité sonore), ces pianos "carrés" devinrent très bon marché et ils connurent
un immense succès en Grande-Bretagne rappelant, également par leur forme, les virginals
affectionnés par les Anglais (le virginal est un petit clavecin très en vogue en
Angleterre au XVIe et XVIIe siècle, souvent représenté dans la peinture flamande).
En 1768, c'est sur un piano carré Zumpe que le premier concert public de piano est
donné par Jean-Chrétien-Bach. On utilisait alors le mot "concert" qui ne fut remplacé
que bien plus tard, au XIXe siècle, par "récital", inventé par Franz Liszt.
1783 -
La mécanique Anglaise est brevetée par John BROADWOOD
Ce fut sous l'impulsion de l'Écossais
John Broadwood (1732-1812), que la commercialisation et l'industrialisation du piano
débutèrent réellement. Il joua un rôle déterminant pour les pianos anglais et particulièrement
pour les pianos carrés. En 1783, il déposait un brevet pour sa"mécanique anglaise",
qui, un demi-siècle durant, allait rivaliser avec la mécanique viennoise. En France,
Sébastien Érard (1752-1831) entreprit la construction de pianoforte. Alors qu'il
était devenu le fournisseur privilégié du roi, la révolution de 1789 le contraignit à
s'exiler en Angleterre. Il perfectionna alors la mécanique anglaise, s'appuyant sur
le modèle viennois, plus souple et plus rapide, tout en améliorant la qualité sonore
et la puissance des instruments.
LE PIANO
du piano romantique au piano "moderne"
1818 - Sébastien ÉRARD dépose le brevet de la mécanique à double échappement
En 1818,
Érard inventa la mécanique à double échappement dont il déposa le brevet. Aussitôt
adoptée par les plus grands facteurs, cette nouvelle mécanique révolutionnaire serait
désormais la base des pianos à queue et, avec cette amélioration capitale, une nouvelle
page de l'histoire de la musique allait s'ouvrir, celle des grands virtuoses du piano.
C'est ainsi qu'au printemps 1824, le très jeune Franz Liszt (1811-1886) dédiait à
Érard, ses huit Variations dont la dernière est une démonstration de virtuosité avec
sa série de sextolets de doubles croches, dont l'exécution fut rendue possible grâce à
la mise au point du système à double échappement.
1825 - Le cadre en fonte est breveté
aux États-Unis par Alpheus Babcock. Il sera adopté en France par PLEYEL
Une autre
innovation décisive fut l'utilisation du métal pour les cadres qui jusqu'alors étaient
en bois. Breveté aux États-Unis en 1825 par Alpheus Babcock, le cadre en fonte fut
utilisé pour la première fois en Europe par le Français Ignace Pleyel (1757-1831).
Avec ces nouveaux cadres, capables de résister à l'extraordinaire tension des cordes
(de 15 à 20 tonnes), les dimensions du piano augmentèrent lui permettant de rivaliser
avec l'orchestre. Les cordes furent doublées puis triplées pour chaque note de façon à
en augmenter la puissance et la profondeur, les effets se multiplièrent avec l'amélioration
du contrôle des pédales (Franz Liszt fut le premier à noter, de façon systématique,
les indications de pédales sur les partitions).
1828 - Henri PAPE réalise le châssis à
cordes croisées et Henri WORNUM crée le piano droit
Un autre Français très innovateur,
Henri Pape (1789-1875), réalisa en 1828, le châssis à cordes croisées. Les cordes
graves et les cordes aigües furent tendues suivant la diagonale du piano. Cette nouvelle
disposition, adoptée par tous les facteurs, permit d'augmenter la longueur des cordes
et par conséquent la puissance. Henri Pape, qui déposa 137 brevets tout au long de
sa carrière, fut aussi l'inventeur du marteau à feutre. La firme Gaveau (créée en
1847), qui fabriquait ses propres mécaniques, mit au point les étouffoirs à "lames"
qui jusqu'ici étaient à "baïonnette". Plus rationnel, ce nouveau système remplaça
l'ancien. Le facteur Anglais Robert Wornum (1780-1852) produisit à partir de 1828
des"cottages pianos" dont les cordes, disposées verticalement et en diagonale, annonçaient
les pianos droits. Pleyel, en France, avait déjà commencé la commercialisation du
piano "vertical" vers 1815. Avec cette alternative le piano se démocratisa et devint
accessible à un plus grand nombre d'amateurs, son prix , comme ses dimensions, étant
considérablement réduits. Si la facture française rivalisa avec la facture anglaise
durant cette période, apportant chacune de nombreuses innovations, la facture allemande
ainsi que la facture autrichienne jouèrent également un rôle très important dans
l'évolution du piano. D'autre part, Ignace Pleyel était d'origine autrichienne, Sébastien
Erard était alsacien alors que sa famille venait de Suisse, quant à Henri Pape, il
était d'origine allemande. Cette "multinationalité" fut à l'image des échanges culturels
et du savoir- faire à travers l'Europe, puis, à partir du milieu du XIXe siècle,
avec le Nouveau Monde.
1859 - STEINWAY établit les bases du piano moderne avec son
"grand"
C'est ainsi qu'en 1850, Henri Engelhard Steinweg émigra aux États-Unis pour
créer en 1853 la firme Steinway. En 1859, il breveta un "grand" (désignation du piano à
queue, en anglais), alliant cadre en fonte et cordes croisées. A partir de cette
période les bases du piano moderne sont établies. Cependant, nombre de pianos ne
bénéficiant pas de toutes ces améliorations fondamentales, furent encore fabriqués
jusqu'au début du XXe siècle. Depuis 1930, le piano a cessé d'évoluer, excepté l'utilisation
plus ou moins justifiée de la matière plastique apparue entre temps.
LE PIANO ET LES MUSICIENS
Le pianoforte de CRISTOFORI et les premières sonates de Lodovico GIUSTINI
Dès 1732,
la première oeuvre pour piano parut à Florence. Les Douze Sonatas da cymbalo di piano e
di forte detto volgarmente di martelli (ce qui signifie, douze sonates pour clavecin à
fort et à doux vulgairement dit à petits marteaux) de Lodovico Giustini (1685-1743).
Le pianoforte de SILBERMANN et les sonates de CARL PHILIP EMMANUEL BACH
Si Bach (1685-1750)
ne composa pas pour ce nouvel instrument, qu'il avait jugé semble t-il, trop archaïque
en son temps, en revanche, un de ses fils, Carl Philip Emmanuel Bach (1714-1788)
fut le premier grand compositeur pour pianoforte, notamment grâce aux instruments
de Silbermann. Près de la moitié de son oeuvre lui est réservée et, parmi les 875
numéros totalisés dans le "catalogue" de ses oeuvres (établi en 1958 par Alfred Wotquenne),
plus de 400 sont dédiées au pianoforte ainsi qu'au clavicorde toujours d'actualité à
cette époque (de nombreuses améliorations ayant été effectuées sur cet instrument,
proche alors du pianoforte). En 1752, puis en 1762, deux volumes intitulés " Essai
sur la vraie manière de jouer le clavier avec des exemples et 18 modèles de 6 sonates",
réalisés par C.P.E. Bach, furent publiés à Berlin. Ces deux ouvrages constituèrent
une clé de voûte de l'histoire du pianoforte dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle.
Cependant, bien que les oeuvres pour clavier de C.P.E. Bach soient essentiellement
des sonates, celles-ci, étant donné la sobriété de leur structure, ne sont pas attribuées à
la forme dite classique de la Première école de Vienne, comme le sont les sonates
de Haydn, Mozart puis Beethoven.
Le pianoforte de STEIN et MOZART
Enthousiamé par
les pianoforte de Stein, avec leur mécanique à échappement, Mozart (1756-1791) dédia
presque toutes ses oeuvres pour le clavier (sonates, variations, fantaisies, concertos),
au pianoforte. Le mot récital ne fut inventé par Liszt qu' au XIXe siècle avec le
piano, car la sonorité trop faible du pianoforte n'aurait pas permis à Mozart de
se faire entendre dans les grandes salles de concert. En revanche, avec ses concertos,
il fit valoir sa virtuosité en incluant le pianoforte à l'orchestre qu'il dirigeait
simultanément.
CLEMENTI, en Angleterre et PLEYEL, en France
Muzio Clementi (1752-1832)
et Ignaz Pleyel (1757-1831) furent à la fois musiciens et facteurs. Clementi composa
pour le pianoforte de nombreuses pièces remarquables et publia en 1801 une Introduction à
l'art de jouer le piano forte. Il fut dénommé le "père du pianoforte" et certaines
de ses oeuvres demeurent aujourd'hui des références de qualité pour l'enseignement
du piano. Avec son élève puis collaborateur, le compositeur irlandais John Field
(1782-1837), auteur de nocturnes pour pianoforte, il construisit et vendit les instruments
de la firme Longman, Clementi & Compagnie. La contribution de Clementi dans le développement
du pianoforte fut essentielle, à la fois musicien, pédagogue et facteur, il apporta
des innovations majeures sur cet instrument, comme la résonance par "sympathie" des
cordes qui améliora considérablement la qualité du son.
Ignaz Pleyel dont le parcours
s'apparente beaucoup à celui de Clementi, sera retenu par l'histoire populaire pour
ses pianos et non pour son oeuvre musicale qui lui assura pourtant une grande notoriété à
la fin du XVIIIe siècle. Auteur de 41 symphonies, 70 quatuors, de concertos, de quintettes
et d'opéras, il fut à également pédagogue, mécène, précurseur avec l'édition de partitions
bon marché et inventeur de génie. Déjà reconnue sur plusieurs continents, la "Maison
Pleyel" ne connaîtra plus tard sa véritable renommée internationale, que sous l'impulsion
de Camille Pleyel (le fils d'Ignaz Pleyel)) virtuose du piano, contemporain de Chopin
et de Liszt.
Le hammerfluegel de Concad GRAF et les sonates de BEETHOVEN
Si la forme
sonate évolua à un point sublime avec Beethoven (1770-1827), puis Schubert (1797-1828),
ce ne fut pas indépendamment des progrès mis à contribution de leur génie, grâce
notamment, aux instruments du facteur écossais Thomas Broadwood, mais également,
avec l'avènement du hammerfluegel qui préfigura la période de transition entre le
pianoforte et le piano. Un des principaux représentants du hammerfluegel fut Conrad
Graf.
Des pianos romantiques PLEYEL et ÉRARD, de CHOPIN et de LISZT, au piano "Moderne"
STEINWAY
Les progrès fulgurants de la facture réalisés dans la première moitié du
XIXe siècle vont aussitôt révéler le génie absolu du piano, Frédéric Chopin (1810-1849),
qui, dès l'age de dix-huit ans, entreprit d'écrire ses Études. "On ne mesura jamais
exactement ce que Liszt et ses successeurs jusqu'à Debussy et à Ravel leur doivent.
D'un coup de génie, le piano moderne était créé et, privilège que d'autres instruments
peuvent lui envier, créé par une série de chefs-d'oeuvre" (La musique de piano des
origines à Ravel par Louis Aguettant 1871-1931). "Liszt, un des premiers, a mesuré
l'importance du message et sur le coup recommencé ses Études d'exécution transcendante"
(Camille Bourniquel "Chopin" éditions du Seuil 1957). En 1810, Érard invente le pédalier
du piano à queue (présent sur les pianos actuels). En 1813, Henri Pape crée les cordes
graves filées en cuivre. En 1820, Allen, en Angleterre, met au point un assemblage
de barres de fer qui permettra d'augmenter la tension des cordes du piano, la hauteur
du diapason, la taille générale de l'instrument pour les salles de concert et la
largeur du clavier qui comptera désormais de à 80 à 82 touches. En 1821, à peine
Érard avait-il modernisé et breveté sa mécanique à double échappement , qu'au printemps
1824, Franz Liszt (né en octobre 1811!) lui dédia ses Huit Variations en la bémol
majeur, dont la huitième, avec la série de sextolets de doubles croches, démontrait
les possibilités de répétitions ultra rapides des touches du clavier, désormais rendues
possibles grâce à ce nouveau système. En 1825, Babcock , aux États-Unis, dépose le
brevet du premier cadre en fonte et il l'adapte sur ses pianos carrés. En 1826 Pape
crée le marteau garni de feutre; en 1827 il utilise des cordes en acier trempé et
en 1828 il invente, à Paris, le système des cordes croisées. En 1833 Pierre Érard
parachève le double échappement inventé par Sébastien Érard, ce système deviendra
universel pour tous les pianos à queue. En 1839, Pape et Pleyel se concurrencent
dans la fabrication de pianos droits. En 1844, Pape fabrique le premier piano à queue
de 8 octaves. En 1859, Steinway construit son premier piano à queue intégrant un
cadre de fonte avec un cordage croisé en éventail, la note de référence est définitivement
fixée au la 3; le clavier compte 88 touches, soit 7octaves 1/4, toutes les bases
du piano modernes sont établies.
QUEL EST L'ANCÊTRE DU PIANO ?
Le tympanon, un ancêtre hypothétique
Le tympanon, issu de l'antiquité, dont les cordes
sont frappées à l'aide de maillets, est considéré comme l'ancêtre du piano, alors
que le psaltérion, dont les cordes sont pincées à l'aide d'un plectre, très proche
du tympanon par sa forme trapézoïdale et son origine, serait l'ancêtre du clavecin.
Comme ce fut le cas plus tard avec le clavecin et le piano, il semblerait que les
plectres utilisés pour le psaltérion aient été remplacés par des maillets équilibrés
(marteaux) donnant ainsi naissance au tympanon, le premier instrument à cordes frappées.
De là à accorder l'ancestralité du piano au tympanon supposerait que l'on dispose
de tous les éléments nécessaires permettant d'établir un lien "généalogique" entre
ces deux instruments, or ce n'est pas le cas. On sait que les instruments à cordes
ont adopté, vers le milieu du XIVe siècle, le clavier de l'orgue dont les premiers
modèles datent du XIIe siècle, d'où l'avènement du clavicorde, sorte de tympanon à
clavier. Mais alors que le piano aurait pu être inspiré du clavicorde dont le principe
est très proche, la mutation s'effectua à partir du clavecin apparu deux siècle plus
tard avec l'épinette. On peut donc désigner le clavicorde (très apprécié de J. Kuhnau
puis de C.P.E. Bach pour le travail du legato) comme étant le précurseur du piano
mais pas l'ancêtre.
La voix, le premier instrument
L'ancêtre commun à tous les instruments
est la voix. Progressivement, les instruments sont devenus une seconde nature. "Jusqu'à
la fin du XVIe siècle, les luthistes transcrivent pour leur instrument les chansons,
les motets, ouvrant, sans s'en douter, la voie au langage musical moderne, à l'harmonie
verticale - des accords arpégés venant ici remplacer les différentes voix de l'ancienne
polyphonie que ne pouvait tenir l'instrument à cordes. Les luthistes surchargent
la mélodie de broderies, de gruppetti, de trilles, et c'est là surtout que trouve à
s'employer leur virtuosité" (encyclopédie Larousse 1954).
Et le clavecin ?
Le clavecin
n'est pas l'ancêtre du piano par principe, puisque son mécanisme est différent. Sur
le clavecin, les cordes sont pincées par un plectre, alors que sur le piano elles
sont frappées par un marteau. On ne peut pas cependant dissocier totalement ces deux
instruments à cordes et à clavier sans pour autant leur attribuer un lien de parenté
directe. Au delà des apparences trompeuses, le clavecin et le piano se complètent
plus qu'ils ne se ressemblent, en particulier au travers des oeuvres qui leur sont
dédiées. En effet, au XVIIe siècle, les organistes et les clavecinistes empruntèrent
la forme suite aux luthistes - La suite est une succession de danses (qui figuraient à
l'origine dans le ballet) de rythmes différents (par exemple, Allemande, Courante,
Sarabande, Gavotte, Bourrée, Loure et Gigue), mais toutes de même tonalité. Parfois
la suite comporte des pièces libres, ce qui la rapproche de la sonate - Or, la sonate
"moderne" (sonate d'église en quatre mouvements) fut initialement inventée pour le
clavecin (avec un second instrument), par Johann Kuhnau (1660-1722 - Les 6 sonates
bibliques pour orgue et clavecin). Au XVIIIe siècle, Carl Philip Emmanuel Bach composa
un nombre impressionnant de sonates pour le clavier (175 sonates selon le catalogue
des oeuvres de C.P.E. Bach, établit par Alfred Wotquenne en 1905 - on compte 7 sonates
supplémentaires, mentionnées possiblement authentiques, dans la liste d'Eugène Helm
réalisée en 1989). Mais c'est avec Mozart que cette forme donna sa prééminence au
pianoforte. Puis, au début du XIXe siècle, Beethoven la porta à son apogée dans des
proportions symphoniques, comme la sonate Appasionnata qui exploitait toutes les
ressources du hammerfluegel, transition entre le pianoforte classique et le piano
romantique. Reflétant l'évolution fulgurante du piano dans la première moitié du
XIXe siècle, Chopin trangressa les règles et atteignit des sommets avec la sublime
sonate en si bémol mineur dont le quatrième mouvement, totalement visionnaire, annonçait
la musique impressionniste du XXe siècle dont Debussy fut l'illustre représentant.

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Origines :
Le clavicorde serait apparu vers le milieu du XIVe siècle. Sorte de tympanon à clavier,
il doit pourtant son origine au monocorde médiéval ( et issu de l’antiquité).
Avant d’expliquer le fonctionnement du clavicorde, d’abord appelé “manicorde”, étudions
dans un premier temps le principe du monocorde:
“On attribue à Pythagore l’invention du monocorde, instrument composé d’une corde
tendue entre deux chevalets fixes. Un chevalet mobile permettait d’immobiliser un
certain point de la corde entre les deux chevalets : le mettait-on au milieu, on
avait la première octave au-dessus; le mettait-on au quart, la portion la plus petite
donnait la deuxième octave, et ainsi de suite. Pythagore étudia ensuite les autres
intervalles en comparant les longueurs de cordes qui produisaient les sons correspondants.
Les instruments grecs étaient assez nombreux. Au VIe siècle les notes sont représentées
par les sept premières lettres de l’alphabet. Vers 1330 les lettres sont abandonnées
pour représenter les sons et remplacées par des caractères musicaux ou notes”. (encyclopédie
Larousse 1954).
En Europe le monocorde fut utilisé régulièrement à partir du IXe siècle . Il servait
(notamment pour les débutants) à mémoriser les intervalles et harmonies nécessaires
au répertoire du chant grégorien. Par conséquent le monocorde n’est pas un instrument
de musique mais un instrument de mesure.
Principe :
Chaque corde peut-être divisée en une, deux ou trois fois. La mise en vibration de
la corde est déterminée par la longeur choisie. Les cordes (toutes de la même longueur,
contrairement au piano) tendues entre les chevalets, sont frappées par le dessous
à l’aide d’une lamelle de métal, appelée “tangente”. La tangente est située à l’extrémité
de chaque touche du clavier. Dès qu’une touche est relâchée, un tissu vient étouffer
la corde en vibration.
Les défauts du clavicorde (dont le principe rappelle en gros celui du piano) sont
liés à une imperfection majeure:
du fait que le clavicorde ne bénéficie pas d’une mécanique à échappement, lorsqu’une
corde est frappée puis mise en vibration, la tangente ne pouvant pas se dégager immédiatement
joue à contrario, le rôle d’étouffoir ! D’autre part, toujours en rapport avec l’absence
d’un échappement, lorsque la tangente s’appuie sur la corde, celle-ci se tend un
peu plus et modifie par conséquent la hauteur de la note.
Toutefois cet instrument était très apprécié par Johanne Khunau : “Le clavicorde,
quoique de sonorité faible, sert, des instruments à clavier, le mieux à la bonne
expression”. Johanne Kuhnau (1660-1722) l’inventeur de la sonate pour clavecin, fut
le prédécesseur de Jean-Sébastien Bach comme maître de chapelle. Il fut, avant Bach
(1685-1750), organiste à partir de 1684 à la chapelle St Thomas à Leipzig. Par ailleurs
Bach s’est beaucoup inspiré du “Nue Clavier-Übung” de Kuhnau, un recueil de Partitas
(ensemble de variations et de suites, vaste traité d’harmonie), pour écrire son “Clavier-Übung”
en quatre volumes dont la fin contient les variations Goldberg). Carl Philip Emmanuel
Bach appréciait aussi le clavicorde dans lequel il voyait des vertus pédagogiques,
sachant que l’instrument, offrant d’avantage de possibilités d’expression que le
clavecin, nécessitait en contre-partie, une grande maîtrise du toucher.


Wolfgang Amadeus Mozart né à Salzbourg, principauté du Saint-Empire romain germanique,
le 27 janvier 1756 - mort à Vienne le 5 décembre 1791.
Klavierstück fa majeur K.6. 33B (1761) interprété sur clavicorde par Bernard Brauchli
The Nannerl’s Notebook - STR 33547

Le mot “épinette” est la traduction française de “spinetta”. L’épinette est un petit
clavecin domestique d’origine italienne. Les cordes, moins longues que sur un clavecin,
sont disposées en diagonale du clavier afin que l’instrument soit moins encombrant
et peut-être aussi, plus économique. Sur l’épinette il y a une seule corde par note,
de même que sur le virginal ou sur le muselaar. Le principe de l’épinette est le
même que celui du clavecin dont les cordes sont pincées. L’épinette se différencie
du virginal ou du muselaar par sa forme hexagonale. Cependant il semblerait que du
XVIe au XIXe siècle on ait employé indifférement les termes d’épinette et de virginal.
Ce manque de précision s’est répercuté jusqu’à nos jours, créant une certaine confusion
dans la dénomination précise de ces instruments, tous de la même famille.
Le clavecin est apparu la première fois en 1397 sous le nom de clavicembalum. La
première école de fabrication de clavecins se développa du XVIe siècle jusqu’au début
du XVIIIe siècle en Italie . Les facteurs les plus influents furent Baffo puis Cristofori.
La deuxième école, dont la famille Ruckers fut la principale représentante, se développa
dans les Flandres au XVIe et au XVIIe siècle. Au XVIIIe siècle, les procédés de fabrication
du clavecin évoluèrent, notamment en France avec la famille Blanchet, en Allemagne
avec la famille Hass, puis en Angleterre avec Jacob Kirckman. Le clavecin a une forme
évoquant une aile. Ce dessin fut naturellement adopté par la suite pour le piano.
Les principaux représentants de la musique pour clavecin sont:
1) pour l’ Italie : Domenico Scarlatti (1685-1757) Il composa une quantité impressionnante
de sonates pour le clavecin (600 sonates dites “ Essercizi))
2) pour les Pays-Bas : Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621), imprégné du style italien
mais également de l’école de clavier anglaise, il joua un rôle important dans l’écriture
pour clavier (clavecin et orgue), avec le contrepoint, la fugue et la variation,
préfigurant la musique de Bach.
3) pour la France : Jacques Champion de Chambonnières (1602-1672), un des fondateurs
de l’école française de clavecin. François Couperin, dit le Grand (1668-1733), considéré
comme le plus grand maître du clavecin ( quatre livres de pièces pour clavecin -
1713, 1716, 1722, 1730). Jean-Philippe Rameau (1683-1764) auteur d’un Traité de l’Harmonie,
il créa une méthode de la mécanique des doigts au clavecin. Il publia à partir de
1706, ses premières Pièces pour Clavecin, puis en 1726, il écrivit de nouvelles Pièces
de Clavecin.
4) pour l’Allemagne : Johann Kuhnau (1660-1722) fut le prédécesseur de Bach. Il est
à l’origine de la forme sonate pour le clavecin (Neue Clavier-Übung). Jean Sébastien
Bach (1685-1750) avec les Variations Golberg et le Clavecin Bien Tempéré, sommet
de l’écriture pour clavier, ainsi que les Suites Françaises et Anglaises.
5) pour l’Angleterre : Georges Friedrich Haendel (d’origine allemande et naturalisé
britannique en 1726) qui a laissé, entre autres, deux cahiers de Suites pour Clavecin.
Durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, le clavecin fut progressivement éclipsé
par le piano. Ce n’est qu’à partir du XXe siècle qu’il refit surface, grâce notamment,
à Manuel de Falla (1876-1946), avec le Concerto pour Clavecin et Cinq Instruments.
Francis Poulenc (1899-1963) favorisa également la réhabilitation de cet instrument
avec le Concerto Champêtre pour Clavecin.

Ces petits clavecins furent très populaires dans le Nord de l’Europe vers la fin
du XVIe siècle et le début du XIIe siècle, en particulier en Angleterre, en Flandres
et aux Pays-Bas.
1) Vermeer (1632-1675) : “Dame assise à l’épinette”. Le mot “épinette” employé ici
pour définir l’instrument représenté n’est pas nécessairement objectif. Épinette
est la traduction française de spinetta, mot italien. L’épinette est donc d’origine
italienne et se caractérise par la position oblique des cordes par rapport au clavier,
ceci dans le but d’obtenir un clavecin moins encombrant. Cependant il semblerait
que les facteurs aient désigné les instruments de leur fabrication de manière assez
libre, ce qui crée une certaine confusion. On appelle par exemple “épinette flamande”,
le virginal ! Par ailleurs, Vermeer étant un peintre néerlandais, on peut se poser
la question si le nom “Dame assise au muselaar” ne serait pas mieux approprié ?
2) virginal anglais de “Mars”
3) muselaar flamand ( la deuxième école de la facture de clavecin se développa au
XVIe et XVIIe siècle dans les Flandres, dont la famille Ruckers fut la principale
représentante)
4) virginal genre Ruckers
5)virginal italien (le premier clavecin serait apparu en Italie, en 1397, d’où la
première école. Appelé alors “clavicembalum “, l’inventeur serait Hermann Poll.
Le virginal et le muselaar
Le virginal est d’origine anglaise alors que le muselaar est d’origine flamande.
Sur le virginal, le clavier est en général à droite tandis qu’il est à gauche sur
le muselaar; mais cela n’est pas systématique. Cette différence influe directement
sur la sonorité, car selon que le clavier est sur la gauche ou sur la droite de l’instrument,
les cordes seront pincées plus ou moins à proximité du chevalet. Ainsi le virginal,
dont le clavier est généralement à droite, aurait un son moins brillant et plus
effacé que le muselaar, se prêtant tout particulièrement pour accompagner la voix
des jeunes filles, d’où l’origine de son nom. Par contre le muselaar, dont le clavier
se situe en principe sur la gauche, produirait un son plus clair que le virginal.
Sur certains virginals, le clavier est au centre.
Quels que soient les positionnements du clavier, virginal et muselaar utilisent le
même mécanisme, analogue à celui du clavecin. Lorsqu’une touche est enfoncée, celle-ci
soulève un sautereau équipé d’un plectre (ou bec) en plume et d’un étouffoir en feutre.
Le plectre pince la corde de bas en haut. Dès que la touche est relâchée, le sautereau,
en redescendant, étouffe la corde à l’aide du feutre.
Clavecin italien
Le plus ancien des clavecins conservés est le Da Bologna qui date de 1521. Le premier
pianoforte prendra la même apparence environ deux siècle plus tard. Ces clavecins
sont légers car les matériaux utilisés sont de faible épaisseur. Contrairement aux
autres pays la facture italienne évoluera peu. Le principe de ces instruments consiste
en “la juste proportion” : pour obtenir l’octave inférieur il faut doubler la longeur
de la corde (et vice-versa). Pour les basses les plus graves, les cordes sont raccourcies
de façon à limiter la longueur de l’instrument. Pour compenser cette diminution ces
cordes ont un diamètre plus important. La finition est en bois brut, dépourvu de
décoration, excepté la caisse de transport.
clavecin français
La conception des premiers clavecins français s’inspira d’abord de la facture italienne,
puis, au XVIIe siècle, elle se rapprocha de la facture flamande. Progressivement,
le clavecin français se démarqua et acquit ses lettres de noblesse au cours du XVIIIe
siècle.
Le clavecin français est équipé de un ou deux clavier de 4 octaves.
clavecin allemand
Contrairement à la France ou à l’Angleterre, le clavecin , en tant qu’instrument
solo, ne connut pas la même popularité en Allemagne. Sa conception fut d’ailleurs
influencée par la facture d’orgue qui prédominait.
Les clavecins allemands pouvaient comporter 61 notes par clavier, comme les modèles
“grands doubles claviers” de Silbermann.
clavecin flamand
Très représentatif du genre au XVIIe siècle, le claVecin flamand est associé au nom
de la famille Ruckers qui a dominé le marché dans la première période. Par la suite,
les instruments seront fabriqués par Couchet, Delin, Dulcken (que l’on retrouve dans
les pianoforte).
Le clavecin flamand fut équipé de deux claviers de 4 octaves dans un premier temps,
puis de 5 octaves par la suite. Le clavier supérieur était utilisé à l’origine pour
la transposition. Vers la fin du XVIIe siècle, il fut utilisé pour renforcer le contraste
du son ou sa plénitude, en le couplant au clavier inférieur.
Grand clavecin anglais
Perçant dans les aigus et puissant dans les graves, le clavecin anglais du XVIIIe
siècle fut le plus en vogue. Au XVIIe siècle, Hitchcock fut le principal représentant
de la facture, tandis que Kirkmann, Shudi et Broadwood marquèrent le XVIIIe siècle.
Le grand clavecin anglais possède 2 claviers de 61 notes.
johann kuhnau: Neue Clavier-Übung Vol.1 (1689) - Partie V en sol (gigue) Interprété
par Gabriele Micheli
Dynamic CDS 265
Léopold Mozart et ses enfants, Wolfgang, 7 ans et Marianne (Nannerl) 11 ans
Lodovico Giustini ( né à Pistoia en Italie le 12 décembre 1685 - mort dans la même ville le 7 février 1743 ). À observer que 1685, année de la naissance de Lodovico Giustini fut également celle de Jean Sébastien Bach, Domenico Scarlatti et Georg Friedrich Haendel.
Sonate V en ré majeur - corrente : allegro (SONATE Da Cimbalo di piano, e forte detto volgarmente di martelletti Opera prima, Firenze 1732), interprétée par Luca Guglielmi
STR 33608
Le gravicembalo col piano e forte inventé par Cristofori en 1711
Au début du XVIIIe siècle, Florence était devenue un haut lieu culturel et artistique
grâce au prince mécène Ferdinand de Médicis. C’est dans ce climat propice à la créativité
que Bartolomeo Cristofori inventa un instrument révolutionnaire, le gravicembalo
col piano e forte. En fait, Cristofori expérimentait déjà, depuis la fin du XVIIe
siècle, des mécaniques à marteaux , dont les recherches sont mentionnées dans un
inventaire de la collection d’instruments de musique de Ferdinand de Médicis. Mais
alors que le clavecin était très en vogue à cette époque, la géniale invention de
Cristofori fut accueillie avec peu d’enthousiasme par les musiciens. L’inventeur
du piano ne construisit que 20 exemplaires de son gravicembalo col piano e forte
et il revint par la suite à la facture de clavecin. Cependant, lorsque le facteur
Silberman prit ultérieurement connaissance d’un article de 1711 illustré par le shéma
de la mécanique de Cristofori et rédigé par Maffei, la fabrication du piano débuta
progressivement. En mai 1747, à la cour de Potsdam, à l’occasion de sa visite au
roi Frédéric II le Grand, Bach rendit un hommage public au pianoforte en exécutant
une fugue à 3 voix sur un thème fourni par sa majesté même. Dès lors, l’intérêt des
compositeurs pour cet instrument se répandit à travers toute l’Europe.
Le dessin ci-dessus représente la toute première mécanique effective de Cristofori
; il fut publié pour illustrer un article rédigé par Scipione Maffei en 1711. Cette
première mécanique de Cristofori est très proche de celle qu’il améliora en 1720
et qui équipe les modèles conservés au Metropolitan Museum de New York ainsi qu’au
Musée des instruments de musique de Rome. Les bases de la mécanique moderne sont
déjà presque établies : les leviers et les têtes des marteaux, les leviers intermédiaires,
les échappements et les étouffoirs. Seul manque le levier de répétition inventé en
1821 par Sébastien Érard.
La mécanique de Cristofori est très légère comparée à un piano moderne car les marteaux
consistent en des petits rouleaux vides et en papier, recouverts d’un morceau de
cuir (remplacé au XIXe siècle par le marteau à feutre, breveté en 1826 par Pape).
Les cordes sont en cuivre et semblables à celles d’un clavecin. La caisse, en peuplier,
est directement issue des clavecins italiens de Cristofori. La tessiture du clavier
est de 4 octaves (Do1 à Do5).

Schéma de la mécanique de Cristofori (ce dessin fut publié avec l’article de Maffei
en 1711)
Le virginal et le muselaar
l’évolution du pianoforte
En 1773 , Johann Andréas Stein améliora le système d’échappement et d’étouffoirs
en introduisant la mécanique “allemande” (ou “viennoise”). En 1777, Mozart âgé de
21 ans, s’enthousiasma lors de sa visite des ateliers Stein à Augsbourg et il écrivit
à son père : “je puis faire des touches ce que je veux”. C’est sur ce type d’instrument
à 5 octaves et à *genouillères que Mozart composait et interprétait ses sonates ou
ses concertos pour piano.
* Les genouillères, placées juste en-dessous du clavier, étaient l’équivalent des
pédales.
Erard
pianoforte de Haydn
Thomas Broadwood (1817)
Pianoforte de Beethoven
Conrad Graf (Vienne-1822)
hammerfluegel de Beethoven
Avec le hammerfluegel, transition entre le pianoforte et le piano romantique, Beethoven
porte la sonate à son apogée. Dans l’Appassionnata, il exploite toutes les ressources
et les nouvelles possibilités de l’instrument qui offre, désormais un clavier de
6 octaves.
Franz Schubert : Sonate No.16 en ré majeur, opus 53, D 850 I Allegro
interprétée par Paul Badura-Skoda sur hammerfluegel Conrad Graf No. 432, Vienne,
ca.1824
Arcana A 15
Antonio Soler (Olot, 1729 - Saint-Laurent-de-l'Escurial, 1783) : Sonate en do, R. 51 interprétée par Suzanne Skyrm sur pianoforte Antunes du musée de la musique de Vermillion dans le Dakota du sud aux USA.
Music & Arts CD-985
Stein
Pianoforte de Mozart
Le piano droit est apparu vers le début du XIXe siècle. Dans le but de démocratiser
l’instrument, Pleyel commercialisa, dès 1845, le “pianino” qui devint par la suite
le piano droit. Mais avant d’arriver à la forme définitive des pianos droits actuels,
on assista à une véritable débauche inventive d’instruments plus ou moins fantaisistes.
Ainsi il y eut le “piano girafe”, mais aussi le “piano pyramide” (dans le haut duquel
était incrustée parfois une pendule - piano de Léopold Sauer à Pragues) ou encore
le “piano harpe”.
Le piano droit, devenu très abordable comparé au piano à queue, présente une faiblesse
majeure qui réside dans la mécanique plus que dans la qualité du son ( le piano droit
“Concert 8” (131 cm) de chez Bechstein est une merveille au niveau du son, très supérieur
à certains pianos à queue ). En revanche, la mécanique d’un piano droit est inévitablement
inférieure à celle d’un piano à queue. Cela est du à sa position par rapport au clavier
et aux cordes : sur le piano droit, la mécanique est positionnée verticalement; face
aux cordes; elle est donc perpendiculaire au clavier et par conséquent, indépendante.
Sur un piano à queue, la mécanique est positionnée horizontalement sous les cordes,
elle est donc parallèle au clavier, formant un seul bloc avec ce dernier. Par ailleurs
la logique veut, qu’un marteau en position horizontale, attaquant la corde par le
dessous, revienne plus vite (en retombant) qu ‘un marteau en position verticale attaquant
la corde par le devant (indépendamment de la mécanique dite “à double échappement”
sur le piano à queue).



le piano “girafe” (1809) fabriqué à Vienne par André Stein
Aboutissement du piano droit avec ce Steinway de 1894
Christophe Jodon 12 rue de l’Eglise 95270 Le Plessis-Luzarches