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Le tympanon : issu de l’antiquité. On retrouve des représentations de cet instrument dans l’iconographie des périodes babyloniennes et néo-assyriennes, datant environ de 1600 à 600 av J.C. Très proche du psaltérion par sa forme et son origine, le tympanon est néanmoins différent  : avec le psaltérion, on utilise des plectres pour pincer les cordes, sur le tympanon, celles-ci sont frappées à l’aide de maillets. En fait, le tympanon est une adaptation du psaltérion, d’ailleurs, on l’appellle aussi “psaltérion à marteaux”. D’autre part, le mot  (comme l’instrument) “psaltérion”, d’origine grecque, aurait une éthymologie commune avec le mot “santour” qui n’est autre que le nom persan du tympanon, dont l’origine certaine est l’Iran.

Du fait que cet instrument soit très ancien et qu’il ait voyagé depuis l’antiquité (ou après ?) dans plusieurs continents, de nombreux noms lui ont été attribués : d’abord en Perse où on l’appelle santur. Par la suite, il est introduit en Chine, sous la dynastie de Ming (1368-1644), il prend alors le nom de yang-qin (ou yang-chin ?). Parallèlement, au moyen-âge, entre le XIe et le XVe siècle, les instruments à cordes se développent, dont le tympanon qui ne serait apparu sous ce nom qu’au XVe siècle en Europe centrale. En France, on l’appelle le cymbalum, d’où l’ idée par la suite du nom  “clavicymbalum” pour les clavecins. Les Allemands le nomment hackbrett et pour les anglo-saxons c’est le hammer-dulcimer. Le hammer dulcimer est appelé souvent à tort “dulcimer”.

Le dulcimer est un instrument à cordes d’origine celtique, qui utilise des “bourdons” réalisant des accords d’accompagnement continus. C’est le même principe que la cornemuse, mais avec des cordes à la place du vent (il ne faut pas confondre le dulcimer et la vielle à roue dont les cordes sont frottées et non pincées). Une des formes les plus évoluées du dulcimer, est la cithare autrichienne qui utilise plusieurs bourdons permettant de jouer trois accords simultanément (une fois encore, ne pas confondre la cithare autrichienne, qui ressemble à une petite harpe horizontale, jouée dans la célèbre musique du film “Le troisième homme” et, le sitar indien, instrument de prédilection de Ravi Shankar (1920). En Occident, le sitar indien fut popularisée au XXe siècle par le biais de la musique pop dans les années 60, avec les Beatles dans “Within You Without You”). Une des caractéristiques du dulcimer est que toutes les notes se jouent depuis la table d’harmonie et non depuis un manche comme c’est le cas, par exemple, avec le sitar indien, le luth, ou plus récemment la guitare. Vers la fin du XVIIe siècle le dulcimer fut délaissé au profit de la cithare autrichienne qui bénéficia progressivement de perfectionnements. Toutefois le dulcimer dont on alla jusqu’à oublier le nom, resta d’actualité en Bretagne, haut lieu de la musique celtique. Au XXe siècle les années 70 ont connu un regain d’intérêt  pour la musique celtique au travers de la musique rock,  essentiellement en France (Bretagne), en Angleterre et en Irlande.
Le nom de hammer-dulcimer que donnèrent les Anglais au cymbalum (tympanon), fut déformé en “dulcimer” car les marteaux (hammer) initialement utilisés, furent remplacés par des onglets placés sur les doigts (notamment par les Irlandais). Aussi supprimèrent-ils “hammer” et il resta “dulcimer”. Il en résulte une confusion entre le nom dulcimer (d’origine celtique) et le nom hammer-dulcimer ( ou tympanon ou cymbalum) désignant l’instrument  illustré ci-dessous dont l’origine remonte à la Perse antique.
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Thomas Tomkins (1572-1656). “Toy - Made At Poole Court” interprété au virginal par Bernhard Klapprott.

 

Complete Keyboard Music Vol. 2  chez Musikproduktion Dabringhaus und Grimm (MDG)

Ref. MDG 607 0704-2

 

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Il est recommandé de paramétrer votre écran en mode "Affichage Plein écran" pour la visite de ce musée
 

 

Ce musée virtuel du piano s'étend sur 2 pages. La première page est préfacée par une "histoire du piano", essentielle si l'on souhaite avoir quelques repères, puis la visite commence en se déroulant dans le sens *chronologique. La page suivante comprend les pianos carrés, les pianos romantiques et enfin les pianos "modernes" apparus dans la deuxième moitié du XIXe siècle jusqu'aux années 30, date ou le piano a cessé globalement d'évoluer (exceptée l'utilisation de nouvelles matières répondant aux nécessités économiques de la production industrielle).

Afin de rendre ce musée virtuel plus vivant, certains instruments sont illustrés par un échantillon sonore à cliquer.

Enfin, la réalisation de ce musée virtuel n'a été possible que grâce à l’existence d’autres sites web dont les auteurs m’ont accordé l'autorisation d'utiliser des photos d’instruments. Je remercie également, pour leurs précieux renseignements, Madame Magne pianos Magne à Paris, Monsieur Michel Reverse, auteur de Voyage au coeur du piano, un petit guide très complet sur le piano (pianos Michel Reverse, 3 rue Gouffrand, 33000 Bordeaux - Tél. 05.57.87.22.44 Fax. 05.57.87.15.25) et Monsieur Udo Schmidt-Steingräber qui m'a fait parvenir de belles photos de son merveilleux piano de concert Steingräber E-272, Steingraeber & Söhne à Bayreuth.

 

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Ce musée virtuel n’a pas pour vocation de servir de banque d’images dont la taille est limitée en pixels afin de faciliter la rapidité d’accès. Après avoir travaillé 2 ans et demi sur la réalisation de mon CD *Chopin Récital avec un piano virtuel et réel, j’ai éprouvé le besoin de connaître l’origine et l’évolution de cet instrument fantastique en créant une sorte d’arbre généalogique du piano dont ce musée virtuel en est l’illustration. Il m’a semblé indispensable d’illustrer par des échantillons sonores (mp3) certains instruments. En particulier ceux qui représentent un stade dans l’évolution du piano. Cela n’a été faisable que dans la limite de mes moyens (documentation, disques, réalisation des mp3, écrire aux éditeurs pour demander l’autorisation de mise en ligne des extraits sonores, etc.). Enfin, ce musée n’est pas pensé comme un amoncellement tape à l’œil de claviers désuets, mais comme un nouvel horizon musical permettant de redécouvrir quelques compositeurs au travers des instruments de leur époque et révélant ainsi un autre aspect de leur génie.  

 

 

* Pour plus d’explication sur mon CD Chopin Récital , cliquez ici mon disque par Alain Duault sur RTL  

 

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* Du fait que les instruments sont présentés ici par types plutôt que classés de manière systématique par dates, certains anachronismes sont inévitables, sachant que le pianoforte, le piano carré puis le piano ont longtemps évolué conjointement avant que ne soient établies les bases définitives du piano "moderne".

 

HISTOIRE DU PIANO
Christophe Jodon le 12 janvier 2004 - mise à jour pour 2010 à l’occasion de l’année CHOPIN !





LE PIANOFORTE




1709 - premier pianoforte, le Gravicembalo de Bartolomeo di Francesco Cristofori

Contrairement aux autres instruments dont on retrouve l'origine dans les récits antiques ou dans la Bible, l'histoire du piano débute assez tardivement, c'est à dire au début du XVIII e siècle, en 1709, avec le "gravicembalo a forte e a piano" (ce qui signifie "clavecin faisant le fort et le doux"), fabriqué par le facteur Italien Bartolomeo Cristofori (1655-1731). Parallèlement, le Français Jean Marius (dates de naissance et de mort inconnues) avait présenté à l'Académie Royale des Sciences un "clavecin à maillets". Ce nom portant à confusion ne prouve pas pour autant que le piano descende du clavecin. Le principe de fonctionnement est fondamentalement différent. Alors que sur un clavecin les cordes sont pincées et, quelle que soit la force avec laquelle les touches du clavier sont enfoncées les sons produits restent les mêmes, sur les pianos de Cristofori et de Jean Marius, la corde était frappée, ce qui permettait une plus grande liberté d'expression et préfigurait ainsi les pianos actuels. Par ailleurs Cristofori, conservateur des clavecins et épinettes du prince florentin Ferdinand de Médicis depuis 1690, s'intéressait au perfectionnement du clavicorde plus proche du piano que le clavecin. Sur le clavicorde (ou manicorde), la corde est frappée par une lame métallique, donc proche du piano dans l'idée. Le principal handicap du clavicorde réside dans l'archaïsme et la lenteur de sa mécanique du fait que la lame percutant la corde ne pouvant pas se dégager assez vite, la répétition rapide est impossible, de plus, le son produit est fatalement métallique. Pour améliorer ce dispositif, Cristofori imagina un marteau articulé qui, s'activant depuis le clavier, venait frapper la corde plus ou moins rapidement pour aussitôt s'en échapper, tandis qu'un étouffoir, en cuir ou en feutre, venait immédiatement faire cesser la vibration de cette corde une fois la touche du clavier relâchée. Cette remarquable invention ne connut guère de succès, hormis le comte Scipione Maffei, de Vérone (1675-1755), personnage visionnaire et auteur d'une tragédie (
Merope, qui fut imitée par Voltaire), qui avait compris l'importance du travail de Cristofori et probablement bien au-delà, pressentit le bouleversement en profondeur de toute la société à venir. En 1711 il déclara dans le Giornal Dei Letterati que "cette invention hardie, aussi ingénieuse de conception que d'exécution, a vu le jour à Florence, par les soins de Monsieur Bartolomeo Cristofoti..." Malgré ces louanges, le peu d'enthousiasme que suscita cette géniale invention contraignit Cristofori à cesser sa production et à revenir au clavecin. Toujours à la même époque, l'Allemand Gottlieb Schröter (1699-1782) construisit également un mécanisme à marteaux qu'il présenta à la cour de Saxe, à Dresde, en 1721. 

1726 - Premier pianoforte allemand (inspiré du modèle de Cristofori), par Gotfried SILBERMANN


Un autre Allemand, Johann Mattheson (compositeur et théoricien, 1681-1764), publia dans sa revue de critique musicale l'article du comte Maffei décrivant l'invention de Cristofori. Lorsque le facteur Gottfried Silbermann (1683-1753) en prit connaissance, celui-ci, très enthousiasmé, décida de fabriquer une vingtaine d'instruments du même type que ceux de Cristofori . Mais lorsqu'il les présenta à Jean Sébastien Bach, ce dernier fit la grimace. Par ailleurs, Bach ne composa jamais pour cet instrument. La légende (ou la réalité) veut que Silbermann, vexé par les critiques du maître de l'Art de la Fugue, s'improvisa bûcheron et détruisit à coup de hache ses instruments. Néanmoins perséverant il améliora la mécanique, la rendant plus souple et plus rapide, lorsque finalement, il réussit à vendre l'une de ses créations à la cour princière de Rudolstadt. En 1740, c'est au roi Frédéric II le Grand de Prusse à qui il vendit un pianoforte. Puis ce fut au tour de Carl-Philippe-Emmanuel Bach, le fils de Jean Sébastien, de s'enthousiasmer pour les instruments de Silbermann. Dès lors, les choses s'enchaînèrent plus rapidement. Ce n'était pas un hasard si le développement de cette mécanique de plus en plus sophistiquée, allait dorénavant connaître un essort fulgurant. Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, dont le but était de faire connaître les progrès de la science dans tous les domaines, s'était imposée malgré les réticences du clergé et de la noblesse de cour. Dans cet ouvrage désormais universel, on pouvait découvrir les planches illustrées du Traité de Mécanique de Louis de Lagrange dont Voltaire faisait l'éloge. Durant cette période de l'Histoire, résolument tournée vers l'avenir, le Siècle des Lumières , nombre de facteurs audacieux apportèrent, en concertation avec les musiciens du moment, d'innombrables perfectionements.

1773 - Première mécanique dotée d'un système d'échappement, par Johann Andéas STEIN

C'est dans ce contexte, très favorable à la créativité, que Johannes Andréas Stein (1728-1792) améliora en 1773 la mécanique de Silbermann en imaginant un système d'échappement qui permettrait désormais de garder les touches du clavier enfoncées, sans pour autant que les marteaux ne restent en contact avec les cordes. En 1777, Mozart (1756-1791) dans sa vingt et unième année, enchanté après avoir visité l'atelier de Stein à Augsbourg, écrivit à son père Léopold pour lui faire part de son enthousiasme et de la facilité d'exécution qu'offraient ces nouveaux instruments.

 

LE PIANO CARRÉ
et le pianoforte




1760 - Premier piano carré anglais, par Johannes ZUMPE

L'histoire du piano carré se superpose avec celle du pianoforte, quoique ce dernier soit apparu plus tôt. En fait, le premier piano carré fut créé dès 1742 par le facteur Allemand Johann Socher. Le pianoforte, qui avait repris la forme du clavecin (et c'est seulement dans ce cas que l'on peut attribuer une descendance du piano par rapport au clavecin, c'est à dire en comparant le meuble), était relativement encombrant et onéreux. Aussi, vers 1760 à Londres, Johannes Zumpe construisit-il des pianos dont les cordes étaient disposées de manière oblique, ce qui permettait de diminuer considérablement la taille de l'instrument. Par ailleurs, après avoir simplifié d'autres éléments (au détriment de la qualité sonore), ces pianos "carrés" devinrent très bon marché et ils connurent un immense succès en Grande-Bretagne rappelant, également par leur forme, les virginals affectionnés par les Anglais (le virginal est un petit clavecin très en vogue en Angleterre au XVIe et XVIIe siècle, souvent représenté dans la peinture flamande). En 1768, c'est sur un piano carré Zumpe que le premier concert public de piano est donné par Jean-Chrétien-Bach. On utilisait alors le mot "concert" qui ne fut remplacé que bien plus tard, au XIXe siècle, par "récital", inventé par Franz Liszt.

1783 - La mécanique Anglaise est brevetée par John BROADWOOD

Ce fut sous l'impulsion de l'Écossais John Broadwood (1732-1812), que la commercialisation et l'industrialisation du piano débutèrent réellement. Il joua un rôle déterminant pour les pianos anglais et particulièrement pour les pianos carrés. En 1783, il déposait un brevet pour sa"mécanique anglaise", qui, un demi-siècle durant, allait rivaliser avec la mécanique viennoise. En France, Sébastien Érard (1752-1831) entreprit la construction de pianoforte. Alors qu'il était devenu le fournisseur privilégié du roi, la révolution de 1789 le contraignit à s'exiler en Angleterre. Il perfectionna alors la mécanique anglaise, s'appuyant sur le modèle viennois, plus souple et plus rapide, tout en améliorant la qualité sonore et la puissance des instruments. 
 


LE PIANO
du piano romantique au piano "moderne"




1818 - Sébastien ÉRARD dépose le brevet de la mécanique à double échappement

En 1818, Érard inventa la mécanique à double échappement dont il déposa le brevet. Aussitôt adoptée par les plus grands facteurs, cette nouvelle mécanique révolutionnaire serait désormais la base des pianos à queue et, avec cette amélioration capitale, une nouvelle page de l'histoire de la musique allait s'ouvrir, celle des grands virtuoses du piano. C'est ainsi qu'au printemps 1824, le très jeune Franz Liszt (1811-1886) dédiait à Érard, ses huit Variations dont la dernière est une démonstration de virtuosité avec sa série de sextolets de doubles croches, dont l'exécution fut rendue possible grâce à la mise au point du système à double échappement.

1825 - Le cadre en fonte est breveté aux États-Unis par Alpheus Babcock. Il sera adopté en France par PLEYEL

Une autre innovation décisive fut l'utilisation du métal pour les cadres qui jusqu'alors étaient en bois. Breveté aux États-Unis en 1825 par Alpheus Babcock, le cadre en fonte fut utilisé pour la première fois en Europe par le Français Ignace Pleyel (1757-1831). Avec ces nouveaux cadres, capables de résister à l'extraordinaire tension des cordes (de 15 à 20 tonnes), les dimensions du piano augmentèrent lui permettant de rivaliser avec l'orchestre. Les cordes furent doublées puis triplées pour chaque note de façon à en augmenter la puissance et la profondeur, les effets se multiplièrent avec l'amélioration du contrôle des pédales (Franz Liszt fut le premier à noter, de façon systématique, les indications de pédales sur les partitions).

1828 - Henri PAPE réalise le châssis à cordes croisées et Henri WORNUM crée le piano droit

Un autre Français très innovateur, Henri Pape (1789-1875), réalisa en 1828, le châssis à cordes croisées. Les cordes graves et les cordes aigües furent tendues suivant la diagonale du piano. Cette nouvelle disposition, adoptée par tous les facteurs, permit d'augmenter la longueur des cordes et par conséquent la puissance. Henri Pape, qui déposa 137 brevets tout au long de sa carrière, fut aussi l'inventeur du marteau à feutre. La firme Gaveau (créée en 1847), qui fabriquait ses propres mécaniques, mit au point les étouffoirs à "lames" qui jusqu'ici étaient à "baïonnette". Plus rationnel, ce nouveau système remplaça l'ancien. Le facteur Anglais Robert Wornum (1780-1852) produisit à partir de 1828 des"cottages pianos" dont les cordes, disposées verticalement et en diagonale, annonçaient les pianos droits. Pleyel, en France, avait déjà commencé la commercialisation du piano "vertical" vers 1815. Avec cette alternative le piano se démocratisa et devint accessible à un plus grand nombre d'amateurs, son prix , comme ses dimensions, étant considérablement réduits. Si la facture française rivalisa avec la facture anglaise durant cette période, apportant chacune de nombreuses innovations, la facture allemande ainsi que la facture autrichienne jouèrent également un rôle très important dans l'évolution du piano. D'autre part, Ignace Pleyel était d'origine autrichienne, Sébastien Erard était alsacien alors que sa famille venait de Suisse, quant à Henri Pape, il était d'origine allemande. Cette "multinationalité" fut à l'image des échanges culturels et du savoir- faire à travers l'Europe, puis, à partir du milieu du XIXe siècle, avec le Nouveau Monde.

1859 - STEINWAY établit les bases du piano moderne avec son "grand"

C'est ainsi qu'en 1850, Henri Engelhard Steinweg émigra aux États-Unis pour créer en 1853 la firme Steinway. En 1859, il breveta un "grand" (désignation du piano à queue, en anglais), alliant cadre en fonte et cordes croisées. A partir de cette période les bases du piano moderne sont établies. Cependant, nombre de pianos ne bénéficiant pas de toutes ces améliorations fondamentales, furent encore fabriqués jusqu'au début du XXe siècle. Depuis 1930, le piano a cessé d'évoluer, excepté l'utilisation plus ou moins justifiée de la matière plastique apparue entre temps.


 

LE PIANO ET LES MUSICIENS

 

Le pianoforte de CRISTOFORI et les premières sonates de Lodovico GIUSTINI

Dès 1732, la première oeuvre pour piano parut à Florence. Les
Douze Sonatas da cymbalo di piano e di forte detto volgarmente di martelli (ce qui signifie, douze sonates pour clavecin à fort et à doux vulgairement dit à petits marteaux) de Lodovico Giustini (1685-1743).

Le pianoforte de SILBERMANN et les sonates de CARL PHILIP EMMANUEL BACH

Si Bach (1685-1750) ne composa pas pour ce nouvel instrument, qu'il avait jugé semble t-il, trop archaïque en son temps, en revanche, un de ses fils, Carl Philip Emmanuel Bach (1714-1788) fut le premier grand compositeur pour pianoforte, notamment grâce aux instruments de Silbermann. Près de la moitié de son oeuvre lui est réservée et, parmi les 875 numéros totalisés dans le "catalogue" de ses oeuvres (établi en 1958 par Alfred Wotquenne), plus de 400 sont dédiées au pianoforte ainsi qu'au clavicorde toujours d'actualité à cette époque (de nombreuses améliorations ayant été effectuées sur cet instrument, proche alors du pianoforte). En 1752, puis en 1762, deux volumes intitulés
" Essai sur la vraie manière de jouer le clavier avec des exemples et 18 modèles de 6 sonates", réalisés par C.P.E. Bach, furent publiés à Berlin. Ces deux ouvrages constituèrent une clé de voûte de l'histoire du pianoforte dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Cependant, bien que les oeuvres pour clavier de C.P.E. Bach soient essentiellement des sonates, celles-ci, étant donné la sobriété de leur structure, ne sont pas attribuées à la forme dite classique de la Première école de Vienne, comme le sont les sonates de Haydn, Mozart puis Beethoven.

Le pianoforte de STEIN et MOZART

Enthousiamé par les pianoforte de Stein, avec leur mécanique à échappement, Mozart (1756-1791) dédia presque toutes ses oeuvres pour le clavier (sonates, variations, fantaisies, concertos), au pianoforte. Le mot récital ne fut inventé par Liszt qu' au XIXe siècle avec le piano, car la sonorité trop faible du pianoforte n'aurait pas permis à Mozart de se faire entendre dans les grandes salles de concert. En revanche, avec ses concertos, il fit valoir sa virtuosité en incluant le pianoforte à l'orchestre qu'il dirigeait simultanément.

CLEMENTI, en Angleterre et PLEYEL, en France

Muzio Clementi (1752-1832) et Ignaz Pleyel (1757-1831) furent à la fois musiciens et facteurs. Clementi composa pour le pianoforte de nombreuses pièces remarquables et publia en 1801 une
Introduction à l'art de jouer le piano forte. Il fut dénommé le "père du pianoforte" et certaines de ses oeuvres demeurent aujourd'hui des références de qualité pour l'enseignement du piano. Avec son élève puis collaborateur, le compositeur irlandais John Field (1782-1837), auteur de nocturnes pour pianoforte, il construisit et vendit les instruments de la firme Longman, Clementi & Compagnie. La contribution de Clementi dans le développement du pianoforte fut essentielle, à la fois musicien, pédagogue et facteur, il apporta des innovations majeures sur cet instrument, comme la résonance par "sympathie" des cordes qui améliora considérablement la qualité du son.

Ignaz Pleyel dont le parcours s'apparente beaucoup à celui de Clementi, sera retenu par l'histoire populaire pour ses pianos et non pour son oeuvre musicale qui lui assura pourtant une grande notoriété à la fin du XVIIIe siècle. Auteur de 41 symphonies, 70 quatuors, de concertos, de quintettes et d'opéras, il fut à également pédagogue, mécène, précurseur avec l'édition de partitions bon marché et inventeur de génie. Déjà reconnue sur plusieurs continents, la "Maison Pleyel" ne connaîtra plus tard sa véritable renommée internationale, que sous l'impulsion de Camille Pleyel (le fils d'Ignaz Pleyel)) virtuose du piano, contemporain de Chopin et de Liszt.

Le hammerfluegel de Concad GRAF et les sonates de BEETHOVEN

Si la forme sonate évolua à un point sublime avec Beethoven (1770-1827), puis Schubert (1797-1828), ce ne fut pas indépendamment des progrès mis à contribution de leur génie, grâce notamment, aux instruments du facteur écossais Thomas Broadwood, mais également, avec l'avènement du hammerfluegel qui préfigura la période de transition entre le pianoforte et le piano. Un des principaux représentants du hammerfluegel fut Conrad Graf.

Des pianos romantiques PLEYEL et ÉRARD, de CHOPIN et de LISZT, au piano "Moderne" STEINWAY

Les progrès fulgurants de la facture réalisés dans la première moitié du XIXe siècle vont aussitôt révéler le génie absolu du piano, Frédéric Chopin (1810-1849), qui, dès l'age de dix-huit ans, entreprit d'écrire ses Études. "On ne mesura jamais exactement ce que Liszt et ses successeurs jusqu'à Debussy et à Ravel leur doivent. D'un coup de génie, le piano moderne était créé et, privilège que d'autres instruments peuvent lui envier, créé par une série de chefs-d'oeuvre" (
La musique de piano des origines à Ravel par Louis Aguettant 1871-1931). "Liszt, un des premiers, a mesuré l'importance du message et sur le coup recommencé ses Études d'exécution transcendante" (Camille Bourniquel "Chopin" éditions du Seuil 1957). En 1810, Érard invente le pédalier du piano à queue (présent sur les pianos actuels). En 1813, Henri Pape crée les cordes graves filées en cuivre. En 1820, Allen, en Angleterre, met au point un assemblage de barres de fer qui permettra d'augmenter la tension des cordes du piano, la hauteur du diapason, la taille générale de l'instrument pour les salles de concert et la largeur du clavier qui comptera désormais de à 80 à 82 touches. En 1821, à peine Érard avait-il modernisé et breveté sa mécanique à double échappement , qu'au printemps 1824, Franz Liszt (né en octobre 1811!) lui dédia ses Huit Variations en la bémol majeur, dont la huitième, avec la série de sextolets de doubles croches, démontrait les possibilités de répétitions ultra rapides des touches du clavier, désormais rendues possibles grâce à ce nouveau système. En 1825, Babcock , aux États-Unis, dépose le brevet du premier cadre en fonte et il l'adapte sur ses pianos carrés. En 1826 Pape crée le marteau garni de feutre; en 1827 il utilise des cordes en acier trempé et en 1828 il invente, à Paris, le système des cordes croisées. En 1833 Pierre Érard parachève le double échappement inventé par Sébastien Érard, ce système deviendra universel pour tous les pianos à queue. En 1839, Pape et Pleyel se concurrencent dans la fabrication de pianos droits. En 1844, Pape fabrique le premier piano à queue de 8 octaves. En 1859, Steinway construit son premier piano à queue intégrant un cadre de fonte avec un cordage croisé en éventail, la note de référence est définitivement fixée au la 3; le clavier compte 88 touches, soit 7octaves 1/4, toutes les bases du piano modernes sont établies.


 

QUEL EST L'ANCÊTRE DU PIANO ?

 


Le tympanon, un ancêtre hypothétique

Le tympanon, issu de l'antiquité, dont les cordes sont frappées à l'aide de maillets, est considéré comme l'ancêtre du piano, alors que le psaltérion, dont les cordes sont pincées à l'aide d'un plectre, très proche du tympanon par sa forme trapézoïdale et son origine, serait l'ancêtre du clavecin. Comme ce fut le cas plus tard avec le clavecin et le piano, il semblerait que les plectres utilisés pour le psaltérion aient été remplacés par des maillets équilibrés (marteaux) donnant ainsi naissance au tympanon, le premier instrument à cordes frappées. De là à accorder l'ancestralité du piano au tympanon supposerait que l'on dispose de tous les éléments nécessaires permettant d'établir un lien "généalogique" entre ces deux instruments, or ce n'est pas le cas. On sait que les instruments à cordes ont adopté, vers le milieu du XIVe siècle, le clavier de l'orgue dont les premiers modèles datent du XIIe siècle, d'où l'avènement du clavicorde, sorte de tympanon à clavier. Mais alors que le piano aurait pu être inspiré du clavicorde dont le principe est très proche, la mutation s'effectua à partir du clavecin apparu deux siècle plus tard avec l'épinette. On peut donc désigner le clavicorde (très apprécié de J. Kuhnau puis de C.P.E. Bach pour le travail du legato) comme étant le précurseur du piano mais pas l'ancêtre.

La voix, le premier instrument

L'ancêtre commun à tous les instruments est la voix. Progressivement, les instruments sont devenus une seconde nature. "Jusqu'à la fin du XVIe siècle, les luthistes transcrivent pour leur instrument les chansons, les motets, ouvrant, sans s'en douter, la voie au langage musical moderne, à l'harmonie verticale - des accords arpégés venant ici remplacer les différentes voix de l'ancienne polyphonie que ne pouvait tenir l'instrument à cordes. Les luthistes surchargent la mélodie de broderies, de
gruppetti, de trilles, et c'est là surtout que trouve à s'employer leur virtuosité" (encyclopédie Larousse 1954).

Et le clavecin ?

Le clavecin n'est pas l'ancêtre du piano par principe, puisque son mécanisme est différent. Sur le clavecin, les cordes sont pincées par un plectre, alors que sur le piano elles sont frappées par un marteau. On ne peut pas cependant dissocier totalement ces deux instruments à cordes et à clavier sans pour autant leur attribuer un lien de parenté directe. Au delà des apparences trompeuses, le clavecin et le piano se complètent plus qu'ils ne se ressemblent, en particulier au travers des oeuvres qui leur sont dédiées. En effet, au XVIIe siècle, les organistes et les clavecinistes empruntèrent la forme
suite aux luthistes - La suite est une succession de danses (qui figuraient à l'origine dans le ballet) de rythmes différents (par exemple, Allemande, Courante, Sarabande, Gavotte, Bourrée, Loure et Gigue), mais toutes de même tonalité. Parfois la suite comporte des pièces libres, ce qui la rapproche de la sonate - Or, la sonate "moderne" (sonate d'église en quatre mouvements) fut initialement inventée pour le clavecin (avec un second instrument), par Johann Kuhnau (1660-1722 - Les 6 sonates bibliques pour orgue et clavecin). Au XVIIIe siècle, Carl Philip Emmanuel Bach composa un nombre impressionnant de sonates pour le clavier (175 sonates selon le catalogue des oeuvres de C.P.E. Bach, établit par Alfred Wotquenne en 1905 - on compte 7 sonates supplémentaires, mentionnées possiblement authentiques, dans la liste d'Eugène Helm réalisée en 1989). Mais c'est avec Mozart que cette forme donna sa prééminence au pianoforte. Puis, au début du XIXe siècle, Beethoven la porta à son apogée dans des proportions symphoniques, comme la sonate Appasionnata qui exploitait toutes les ressources du hammerfluegel, transition entre le pianoforte classique et le piano romantique. Reflétant l'évolution fulgurante du piano dans la première moitié du XIXe siècle, Chopin trangressa les règles et atteignit des sommets avec la sublime sonate en si bémol mineur dont le quatrième mouvement, totalement visionnaire, annonçait la musique impressionniste du XXe siècle dont Debussy fut l'illustre représentant.

 

 

 

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Origines :

 

Le clavicorde serait apparu vers le milieu du XIVe siècle. Sorte de tympanon à clavier, il doit pourtant son origine au monocorde médiéval ( et issu de l’antiquité).

 

Avant d’expliquer le fonctionnement du clavicorde, d’abord appelé “manicorde”, étudions dans un premier temps le principe du monocorde:

 

“On attribue à Pythagore l’invention du monocorde, instrument composé d’une corde tendue entre deux chevalets fixes. Un chevalet mobile permettait d’immobiliser un certain point de la corde entre les deux chevalets : le mettait-on au milieu, on avait la première octave au-dessus; le mettait-on au quart, la portion la plus petite donnait la deuxième octave, et ainsi de suite.  Pythagore étudia ensuite les autres intervalles en comparant les longueurs de cordes qui produisaient les sons correspondants. Les instruments grecs étaient assez nombreux. Au VIe siècle les notes sont représentées par les sept premières lettres de l’alphabet. Vers 1330 les lettres sont abandonnées pour représenter les sons et remplacées par des caractères musicaux ou notes”. (encyclopédie Larousse 1954).

 

En Europe le monocorde fut utilisé régulièrement à partir du IXe siècle . Il servait (notamment pour les débutants) à mémoriser les intervalles et harmonies nécessaires au répertoire du chant grégorien. Par conséquent le monocorde n’est pas un instrument de musique mais un instrument de mesure.

 

Principe :

 

Chaque corde peut-être divisée en une, deux ou trois fois. La mise en vibration de la corde est déterminée par la longeur choisie. Les cordes (toutes de la même longueur, contrairement au piano) tendues entre les chevalets, sont frappées par le dessous à l’aide d’une lamelle de métal, appelée “tangente”. La tangente est située à l’extrémité de chaque touche du clavier. Dès qu’une touche est relâchée, un tissu vient étouffer la corde en vibration.

 

Les défauts du clavicorde (dont le principe rappelle en gros celui du piano) sont liés à une imperfection majeure:

du fait que le clavicorde ne bénéficie pas d’une mécanique à échappement, lorsqu’une corde est frappée puis mise en vibration, la tangente ne pouvant pas se dégager immédiatement joue à contrario, le rôle d’étouffoir ! D’autre part, toujours en rapport avec l’absence d’un échappement,  lorsque la tangente s’appuie sur la corde, celle-ci se tend un peu plus et modifie par conséquent la hauteur de la note.

 

Toutefois cet instrument était très apprécié  par Johanne Khunau : “Le clavicorde, quoique de sonorité faible, sert, des instruments à clavier, le mieux à la bonne expression”. Johanne Kuhnau (1660-1722) l’inventeur de la sonate pour clavecin, fut le prédécesseur de Jean-Sébastien Bach comme maître de chapelle. Il fut, avant Bach (1685-1750), organiste à partir de 1684 à la chapelle St Thomas à Leipzig. Par ailleurs Bach s’est beaucoup inspiré du “Nue Clavier-Übung” de Kuhnau, un recueil de Partitas (ensemble de variations et de suites, vaste traité d’harmonie), pour écrire son “Clavier-Übung” en quatre volumes dont la fin contient les variations Goldberg). Carl Philip Emmanuel Bach appréciait aussi le clavicorde dans lequel il voyait des vertus pédagogiques, sachant que l’instrument, offrant d’avantage de possibilités d’expression que le clavecin,  nécessitait en contre-partie, une grande maîtrise du toucher.

 

 

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Wolfgang Amadeus Mozart né à Salzbourg, principauté du Saint-Empire romain germanique, le 27 janvier 1756 - mort à Vienne le 5 décembre 1791.

Klavierstück fa majeur K.6. 33B (1761) interprété sur clavicorde par Bernard Brauchli

 

The Nannerl’s Notebook - STR 33547

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Le mot “épinette” est la traduction française de “spinetta”. L’épinette est un petit clavecin domestique d’origine italienne. Les cordes, moins longues que sur un clavecin, sont disposées en diagonale du clavier afin que l’instrument soit moins encombrant et peut-être aussi, plus économique. Sur l’épinette il y a une seule corde par note, de même que sur le virginal ou sur le muselaar. Le principe de l’épinette est le même que celui du clavecin dont les cordes sont pincées. L’épinette se différencie du virginal ou du muselaar par sa forme hexagonale. Cependant il semblerait que du XVIe au XIXe siècle on ait employé indifférement les termes d’épinette et de virginal. Ce manque de précision s’est répercuté jusqu’à nos jours, créant une certaine confusion dans la dénomination précise de ces instruments, tous de la même famille.

 

Le clavecin est apparu la première fois en 1397 sous le nom de clavicembalum. La première école de fabrication de clavecins se développa du XVIe siècle jusqu’au début du XVIIIe siècle en Italie . Les facteurs les plus influents furent  Baffo puis Cristofori. La deuxième école, dont la famille Ruckers fut la principale représentante, se développa dans les Flandres au XVIe et au XVIIe siècle. Au XVIIIe siècle, les procédés de fabrication du clavecin évoluèrent, notamment en France avec la famille Blanchet, en Allemagne avec la famille Hass, puis en Angleterre avec Jacob Kirckman. Le clavecin a une forme évoquant une aile. Ce dessin fut naturellement adopté par la suite pour le piano.

 

Les principaux représentants de la musique pour clavecin sont:

 

1) pour l’ Italie : Domenico Scarlatti (1685-1757) Il composa une quantité impressionnante de sonates pour le clavecin (600 sonates dites “ Essercizi))

 

2) pour les Pays-Bas : Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621), imprégné du style italien mais également de l’école de clavier anglaise, il joua un rôle important dans l’écriture pour clavier (clavecin et orgue), avec le contrepoint, la fugue et la variation, préfigurant la musique de Bach.

 

3) pour la France : Jacques Champion de Chambonnières (1602-1672), un des fondateurs de l’école française de clavecin. François Couperin, dit le Grand (1668-1733), considéré comme le plus grand maître du clavecin ( quatre livres de pièces pour clavecin - 1713, 1716, 1722, 1730). Jean-Philippe Rameau (1683-1764) auteur d’un Traité de l’Harmonie, il créa une méthode de la mécanique des doigts au clavecin. Il publia à partir de 1706, ses premières Pièces pour Clavecin, puis en 1726, il écrivit de nouvelles Pièces de Clavecin.

 

4) pour l’Allemagne : Johann Kuhnau (1660-1722) fut le prédécesseur de Bach. Il est à l’origine de la forme sonate pour le clavecin (Neue Clavier-Übung). Jean Sébastien Bach (1685-1750) avec les Variations Golberg et le Clavecin Bien Tempéré, sommet de l’écriture pour clavier, ainsi que les Suites Françaises et Anglaises.

 

5) pour l’Angleterre : Georges Friedrich Haendel (d’origine allemande et naturalisé britannique en 1726) qui a laissé, entre autres, deux cahiers de Suites pour Clavecin.

 

Durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, le clavecin fut progressivement éclipsé par le piano. Ce n’est qu’à partir du XXe siècle qu’il refit surface, grâce notamment, à Manuel de Falla (1876-1946), avec le Concerto pour Clavecin et Cinq Instruments.  Francis Poulenc (1899-1963) favorisa également la réhabilitation de cet instrument avec le Concerto Champêtre pour Clavecin.

 

 

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Ces petits clavecins furent très populaires dans le Nord de l’Europe vers la fin du XVIe siècle et le début du XIIe siècle, en particulier en Angleterre, en Flandres et aux Pays-Bas.

 

1) Vermeer  (1632-1675) : “Dame assise à l’épinette”. Le mot “épinette” employé ici pour définir l’instrument représenté n’est pas nécessairement objectif. Épinette est la traduction française de spinetta, mot italien. L’épinette est donc d’origine italienne et se caractérise par la position oblique des cordes par rapport au clavier, ceci dans le but d’obtenir un clavecin moins encombrant.  Cependant il semblerait que les facteurs aient désigné les instruments de leur fabrication de manière assez libre, ce qui crée une certaine confusion. On appelle par exemple “épinette flamande”, le virginal ! Par ailleurs, Vermeer étant un peintre néerlandais, on peut se poser la question si le nom “Dame assise au muselaar”  ne serait pas mieux approprié ?

2) virginal anglais de “Mars”

3) muselaar flamand ( la deuxième école de la facture de clavecin se développa au XVIe et XVIIe siècle dans les Flandres, dont la famille Ruckers fut la principale représentante)

4) virginal genre Ruckers

5)virginal italien (le premier clavecin  serait apparu en Italie, en 1397, d’où la première école. Appelé alors “clavicembalum “, l’inventeur serait Hermann Poll.

 

 

Le virginal et le muselaar

 

Le virginal est d’origine anglaise alors que le muselaar est d’origine flamande. Sur le virginal, le clavier est en général à droite tandis qu’il est à gauche sur le muselaar; mais cela n’est pas systématique. Cette différence influe directement sur la sonorité, car selon que le clavier est sur la gauche ou sur la droite de l’instrument, les cordes seront pincées plus ou moins à proximité du chevalet. Ainsi le virginal, dont le clavier est généralement à droite, aurait un son moins brillant  et plus effacé que le muselaar, se prêtant tout particulièrement pour accompagner la voix des jeunes filles, d’où l’origine de son nom. Par contre le muselaar, dont le clavier se situe en principe sur la gauche, produirait un son plus clair que le virginal. Sur certains virginals, le clavier est au centre.

 

Quels que soient les positionnements du clavier, virginal et muselaar utilisent le même mécanisme, analogue à celui du clavecin. Lorsqu’une touche est enfoncée, celle-ci soulève un sautereau équipé d’un plectre (ou bec) en plume et d’un étouffoir en feutre. Le plectre pince la corde de bas en haut. Dès que la touche est relâchée, le sautereau, en redescendant, étouffe la corde à l’aide du feutre.

 

Clavecin italien

Clavecin français

Clavecin français

Clavecin allemand

Clavecin flamand

Clavecin anglais

Clavecin italien

 

Le plus ancien des clavecins conservés est le Da Bologna qui date de 1521. Le premier pianoforte prendra la même apparence environ deux siècle plus tard. Ces clavecins sont légers car les matériaux utilisés sont de faible épaisseur. Contrairement aux autres pays la facture italienne évoluera peu. Le principe de ces instruments consiste en “la juste proportion” : pour obtenir l’octave inférieur il faut doubler la longeur de la corde (et vice-versa). Pour les basses les plus graves, les cordes sont raccourcies de façon à limiter la longueur de l’instrument. Pour compenser cette diminution ces cordes ont un diamètre plus important. La finition est en bois brut, dépourvu de décoration, excepté la caisse de transport.

 

clavecin français

 

La conception des premiers clavecins français s’inspira d’abord de la facture italienne, puis, au XVIIe siècle, elle se rapprocha de la facture flamande. Progressivement, le clavecin français se démarqua et acquit ses lettres de noblesse au cours du XVIIIe siècle.

 

Le clavecin français est équipé de un ou deux clavier de 4 octaves.

clavecin allemand

 

Contrairement à la France ou à l’Angleterre, le clavecin , en tant qu’instrument solo, ne connut pas la même popularité en Allemagne. Sa conception fut  d’ailleurs influencée par la facture d’orgue qui prédominait.

 

Les clavecins allemands pouvaient comporter 61 notes par clavier, comme les modèles “grands doubles claviers”  de Silbermann.

 

clavecin flamand

 

Très représentatif du genre au XVIIe siècle, le claVecin flamand est associé au nom de la famille Ruckers qui a dominé le marché dans la première période. Par la suite, les instruments seront fabriqués par Couchet, Delin, Dulcken (que l’on retrouve dans les pianoforte).

 

Le clavecin flamand fut équipé de deux claviers de 4 octaves dans un premier temps, puis de 5 octaves par la suite. Le clavier supérieur était utilisé à l’origine pour la transposition. Vers la fin du XVIIe siècle, il fut utilisé pour renforcer le contraste du son ou sa plénitude, en le couplant au clavier inférieur.

 

 

Grand clavecin anglais

 

Perçant dans les aigus et puissant dans les graves, le clavecin anglais du XVIIIe siècle fut le plus en vogue. Au XVIIe siècle, Hitchcock fut le principal représentant de la facture, tandis que Kirkmann, Shudi et Broadwood marquèrent le XVIIIe siècle.

Le grand clavecin anglais  possède 2 claviers de 61 notes.

 

 

johann kuhnau: Neue Clavier-Übung Vol.1  (1689) - Partie V  en sol (gigue) Interprété par Gabriele Micheli

 

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Léopold Mozart et ses enfants, Wolfgang, 7 ans et Marianne (Nannerl) 11 ans

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Lodovico Giustini ( né à Pistoia en Italie le 12 décembre 1685 - mort dans la même ville le 7 février 1743 ). À observer que 1685, année de la naissance de Lodovico Giustini fut également celle de Jean Sébastien Bach, Domenico Scarlatti et Georg Friedrich Haendel.

Sonate V en ré majeur  - corrente : allegro (SONATE Da Cimbalo di piano, e forte detto volgarmente di martelletti Opera prima, Firenze 1732), interprétée par Luca Guglielmi

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Le gravicembalo col piano e forte inventé par Cristofori en 1711

Au début du XVIIIe siècle, Florence était devenue un haut lieu culturel et artistique grâce au prince  mécène Ferdinand de Médicis. C’est dans ce climat propice à la créativité que Bartolomeo Cristofori inventa un instrument révolutionnaire, le gravicembalo col piano e forte. En fait, Cristofori expérimentait déjà, depuis la fin du XVIIe siècle, des mécaniques à marteaux , dont les recherches sont mentionnées dans un inventaire de la collection d’instruments de musique de Ferdinand de Médicis. Mais alors que le clavecin était très en vogue à cette époque, la géniale invention de Cristofori fut accueillie avec peu d’enthousiasme par les musiciens. L’inventeur du piano ne construisit que 20 exemplaires de son gravicembalo col piano e forte et il revint par la suite à la facture de clavecin. Cependant, lorsque le facteur Silberman prit ultérieurement connaissance d’un article de 1711 illustré par le shéma de la mécanique de Cristofori et rédigé par Maffei, la fabrication du piano débuta progressivement. En mai 1747, à la cour de Potsdam, à l’occasion de sa visite au roi Frédéric II le Grand, Bach rendit un hommage public au pianoforte en exécutant une fugue à 3 voix sur un thème fourni par sa majesté même. Dès lors, l’intérêt des compositeurs pour cet instrument se répandit à travers toute l’Europe.

 

Le dessin ci-dessus représente la toute première mécanique effective de Cristofori ; il fut publié pour illustrer un article rédigé par Scipione Maffei en 1711. Cette première mécanique de Cristofori est très proche de celle qu’il améliora en 1720 et qui équipe les modèles conservés au Metropolitan Museum de New York ainsi qu’au Musée des instruments de musique de Rome. Les bases de la mécanique moderne sont déjà presque établies : les leviers et les têtes des marteaux, les leviers intermédiaires, les échappements et les étouffoirs. Seul manque le levier de répétition inventé en 1821 par Sébastien Érard.

 

La mécanique de Cristofori est très légère comparée à un piano moderne car les marteaux consistent en des petits rouleaux vides et en papier, recouverts d’un morceau de cuir (remplacé au XIXe siècle  par le marteau à feutre, breveté en 1826 par Pape). Les cordes sont en cuivre et semblables à celles d’un clavecin. La caisse, en peuplier, est directement issue des clavecins italiens de Cristofori. La tessiture du clavier est de 4 octaves (Do1 à Do5).

 

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Schéma de la mécanique de Cristofori (ce dessin fut publié avec l’article de Maffei en 1711)

 

le tympanon

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le clavicorde

Le virginal et le muselaar

l’épinette

Le clavecin

Le pianoforte

l’évolution du pianoforte

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En 1773 , Johann Andréas Stein améliora le système d’échappement et d’étouffoirs en introduisant la mécanique “allemande” (ou “viennoise”). En 1777, Mozart âgé de 21 ans, s’enthousiasma lors de sa visite des ateliers Stein à Augsbourg et il écrivit à son père : “je puis faire des touches ce que je veux”. C’est sur ce type d’instrument à 5 octaves et à *genouillères que Mozart composait et interprétait ses sonates ou ses concertos pour piano.

 

* Les genouillères, placées juste en-dessous du clavier, étaient l’équivalent des pédales.

 

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Antunes

Dulcken

(1788 - Munich)

Erard

pianoforte de Haydn

Dulcken

John Broadwood (1794)

Thomas Broadwood (1817)

Pianoforte de Beethoven

Conrad Graf (Vienne-1822)

hammerfluegel de Beethoven

Avec le hammerfluegel, transition entre le pianoforte et le piano romantique, Beethoven porte la sonate à son apogée. Dans l’Appassionnata, il exploite toutes les ressources et les nouvelles possibilités de l’instrument qui offre, désormais un clavier de 6 octaves.

Franz Schubert : Sonate No.16 en ré majeur, opus 53, D 850 I Allegro

interprétée par Paul Badura-Skoda sur hammerfluegel Conrad Graf No. 432, Vienne, ca.1824

 

Arcana A 15

Antonio Soler (Olot, 1729 - Saint-Laurent-de-l'Escurial, 1783) : Sonate en do, R. 51 interprétée par Suzanne Skyrm sur pianoforte Antunes du musée de la musique de Vermillion dans le Dakota du sud aux USA.

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Stein

Pianoforte de Mozart

le piano droit

 

Le piano droit est apparu vers le début du XIXe siècle. Dans le but de démocratiser l’instrument, Pleyel commercialisa, dès 1845, le “pianino” qui devint par la suite le piano droit. Mais avant d’arriver à la forme définitive des pianos droits actuels,  on assista à une véritable débauche inventive d’instruments plus ou moins fantaisistes. Ainsi il y eut le “piano girafe”, mais aussi le “piano pyramide” (dans le haut duquel était incrustée parfois une pendule - piano de Léopold Sauer à Pragues) ou encore le “piano harpe”.

 

 

Le piano droit, devenu très abordable comparé au piano à queue, présente une faiblesse majeure qui réside dans la mécanique plus que dans la qualité du son ( le piano droit “Concert 8” (131 cm) de chez Bechstein est une merveille au niveau du son, très supérieur à certains pianos à queue ). En revanche, la mécanique d’un piano droit est inévitablement inférieure à celle d’un piano à queue. Cela est du à sa position par rapport au clavier et aux cordes : sur le piano droit, la mécanique est positionnée verticalement; face aux cordes; elle est donc perpendiculaire au clavier et par conséquent, indépendante. Sur un piano à queue, la mécanique est positionnée horizontalement sous les cordes, elle est donc parallèle au clavier, formant un seul bloc avec ce dernier. Par ailleurs la logique veut, qu’un marteau en position horizontale, attaquant la corde par le dessous, revienne plus vite (en retombant) qu ‘un marteau en position verticale attaquant la corde par le devant (indépendamment de la mécanique dite “à double échappement” sur le piano à queue).

 

 

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le piano “girafe” (1809) fabriqué à Vienne par André Stein

Aboutissement du piano droit avec ce Steinway de 1894

 

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